Bonjour les gens,
Il est temps de faire un peu le point sur la situation, histoire de donner quelques nouvelles à ceux qui suivent.
Laure est maintenant rentrée en France depuis plusieurs jours car elle avait une exposition à mettre en place à Toulouse, exposition où elle révelera au grand public le fruit de son travail effectué ici à Bobodioulasso à la sueur de son front et à grands renforts de Flags.
Emilie a pour sa part quitté le sol burkinabé quelques jours plus tard, non sans être passé visiter le village de Tiébélé au nord de Ouaga, ça à l'air plutôt joli, vous pouvez aller voir les photos sur le blog de
Marine et Jane.
Et tiens, puisqu'on parle d'elles (notez la transition), elles sont aussi rentrées en France... en passant par Tiébélé (le manque d'originalité de ces filles est affligeant...).
J'ouvre une parenthèse pour préciser aux sus-citées filles en question que oui je m'excuse, que non je ne suis pas sérieux, qu'il ne faut pas se mettre à pleurer pour si peu, et puis bon que ce n'est pas ma faute si elles n'ont pas d'humour après tout. Nous avons aussi eu la visite d'Olivier, notre ami le vélocycliste solitaire belge, qui a profité de se trouver à Bamako pour faire un petit détour (en bus) et venir passer quelques jours sous notre toit. Il fût égal à lui même, drôle, gentil et belge.
Voilà, je continue maintenant un peu le voyage tout seul, toujours à Bobo, je prends le temps d'approfondir un peu plus les relations qui se sont établies depuis un mois et demi. L'idée principale étant d'essayer de vivre au même niveau que la plupart des gens d'ici, en limitant les dépenses au strict minimum, en partageant leur quotidien, leur nourriture (ou leur absence de nourriture...), leurs discussions, leurs joies et les moments moins drôles.
Malgrès toute ma bonne volonté et mes efforts pour aller dans ce sens (j'ai troqué la mobylette contre un vieux vélo qu'il m'a fallu remettre en état, et j'ai réduit le loyer à la même hauteur que le leur) , je ne peux qu'approcher la réalité de leur condition pour diverses raisons: la première étant que la vieille de la cour où je loge n'a pas voulu que je quitte ladite cour pour aller dans la chambre plus modeste que j'avais dégottée dans un autre quartier. Elle m'a baissé le loyer au même prix pour que je reste, je bénéficie donc toujours de mon petit confort avec mon grand salon, mes deux chambres doubles et ma douche privée...
Puisque la vieille tenait tant à ma compagnie (qui a dit à mon argent?), et dans un soucis d'adhérer le plus possible à ce modeste mode de vie que je cherche tant à expérimenter, j'ai décidé de condamner l'acces aux chambres et à la douche, ne me laissant que le salon comme pièce de vie dans lequel se cotoient maintenant en rangs serrés mon matelas à terre surplombé de ma moustiquaire, mon vélo qui a retrouvé une jeunesse toute relative, mes quelques chaises, ma table basse, un lit une place qui essaye de me faire croire qu'il est un canapé, et tout le joyeux bordel que sait générer un homme quand sa femme n'est plus là.
Pour la douche ça se passe dehors le soir à la belle étoilé et c'est vraiment agréable, si l'on fait abstraction du fait que l'immensité étincelante qui me fait office de toit n'a de cesse de me rappeller l'étendue tout aussi immense de mon inculture en matière de constellations.
La deuxième raison qui m'empêche d'être
réellement dans les mêmes conditions qu'eux est que même si je me limite à 600 ou 1000cfa par jour (c'est selon), je ne peux m'empêcher d'être conscient que si un jour je me retrouve dans l'une des galères qui font ici leur quotidien (maladie, fin des économies,etc...), il me suffit d'aller au distributeur le plus proche avec ma carte bleue et le problème sera réglé. Ici encore plus que chez nous l'argent fait tout car en cas de soucis de santé les soins sont et réservés à ceux qui peuvent se les payer; les autres devant se contenter de ces médicaments vendus à la sauvette dans la rue sans posologie et dont l'origine, l'authenticité et la validité sont plus que douteuses. Les seules indications que l'on obtient étant celles du vendeur qui s'y connait en médecine autant que moi, ces médicaments sont ici comme dans d'autres pays certainement, un fléau qui tue plus qu'il ne soigne.
Malgrès tout ça, ce qui est fort ici (émotionnellement parlant), c'est que les gens gardent le sourire et la bonne humeur en disant que demain ça ira mieux. J'ai vu un jour une inscription peinte sur les flancs d'un camion qui passait dans la rue qui disait "
dors confortablement petit frère, tu mangeras demain..."; le temps que le camion disparaisse au coin de la rue j'avais les yeux humides et la gorge serrée. Devant ce message d'espoir simple qu'un africain voulait communiquer à ses frères qui galèrent se trouvait résumée la réalité de leur vie, ça m'a touché au plus profond et je me suis une fois de plus fait la promesse d'essayer de ne jamais plus me plaindre de malheurs qui n'en sont pas.
Des leçons de vie comme celle ci j'en prend presque tous les jours, comme cette fois où j'étais en train de discuter avec deux "vieux" (la cinquantaine) rencontrés au bord de la route alors que j'attendais un camion de coton qui devait m'embarquer pour Ouaga pour économiser un billet de bus, et où j'ai sorti de mon sac un reste de pain acheté le matin même, m'apprétant à lui faire un sort pour calmer un peu la faim qui me tenaillait, non sans les avoir bien sur invités à partager ma maigre pitance, offre qu'ils ont tous deux déclinés. L'un d'eux me demanda si je n'avais rien à mettre dans le pain pour améliorer mon repas, et je répondis non, car j'avais déjà dépensé la somme que je m'étais fixée par jour... Il me demanda si c'était une histoire d'argent, et quand je lui ai répondu que oui, il m'a attrapé le bras en me regardant dans les yeux d'un air amical et plein de compassion, et m'a dit "ça va aller...". Je n'ai pas pu avaler ma bouchée de pain sur le moment tellement j'avais, une fois de plus, la gorge serrée de voir cet homme avec ses vieux habits sales qui me tenait le bras en me réconfortant alors que ce n'était pour moi qu'un "jeu" et que j'étais très certainement plus riche que lui.
On dit que les voyages forment la jeunesse, c'est tellement vrai, et tous ces petits moments de vie sont autant de leçons qui entrent en moi aussi brutalement que n'a tenté de le faire cette chauve-souris que je me suis pris en pleine tête en roulant en mob hier soir. Ca surprend et ça fait un choc mais au moins on oubliera pas.
Bref j'essaye d'absorber un maximum de toute cette culture, je sais que c'est moi même que je façonne à travers ce voyage.
Je parle beaucoup de moi mais il ne faut pas croire que je vous oublie, je pense à vous tous autant que vous êtes, même toi là, le petit chauve qui se cache derrière.
@+
Est-ce que ce que tu recherches ne se trouverait pas plus dans une attitude d'acteur (un projet qui te demanderait au fur et à mesure de son avancement de mieux connaitre, de mieux comprendre...) ou dans une attitude d'observateur (un peu comme un journaliste). Je me trompe peut-être mais j'ai peur que physiquement, physiologiquement et même psychologiquement, ce que tu fais ne soit pas complètement adapté. Qu'en penses-tu ? Ne va pas trop loin et fais attention à toi. Bises
Brigitte